Une semaine au Brésil...


Matériel pédagogique, © Lifetime Photographie - Guillaume BRET 2016

Et me revoila en train de paqueter une nouvelle fois mon sac, direction le Brésil, une fois de plus en compagnie de Mestrando Gato Preto, mestre de capoeira, au sein de l'académie Energia Pura à Macapa, Amapa, au nord-est du géant sud-américain. Energia Pura, les habitués des chroniques connaissent déjà. Pour les nouveaux lecteurs, il s'agit d'une association de capoeira présente en Italie, en Martinique, en Guyane et au Brésil. Toutes ces antennes, affiliées au mestre, transmettent la culture, les valeurs de la capoeira. Mais rares sont celle qui disposent d'une académie. Un gymnase, un dojo pour vulgariser. Ici, les murs appartiennent à l'association.

Et dans ces murs, il s'en passe des choses, entre vie de tous les jours et capoeira, j'ai décidé d'accompagner le mestre pour le 9eme baptême et changement de grade de la section locale, en profitant au passage de l'occasion pour découvrir le quotidien de ceux qui vivent en ces lieux, par et pour la capoeira.

Il est 22h passé, l'entrainement continue, et semble loin d'être fini! © Lifetime Photographie - Guillaume BRET 2016

Arrivés vers 21h après une looooongue journée de route en voiture et 4x4, notamment sur une piste pleine de trous, je n'ai qu'une envie : prendre une douche! Mais nous sommes arrivés au beau milieu d'un entrainement, donc l'arrivée du mestre galvanise un peu les troupes! D'abord le temps des embrassades, je retrouve plusieurs visages connus sur Cayenne ou Oiapoque lors de précédentes manifestations et j'en découvre des nouveaux, des jeunes, des ados, des adultes... On verra donc la douche plus tard... Je ne parle pas la langue (Mea Culpa, je pense remédier à cela très vite!!), on se présente comme on peut, et comme à chaque fois lorsque je voyage, mon prénom est incompréhensible pour eux... (Alors qu'il n'y a jamais de problème avec la prononciation de "Guillermo"...) Alors j'y vais de mon nom de capoeiriste : Mosquito. Et oui, c'est comme ça, et c'est plus simple... Ils comprennent alors que je suis de la "famille" de Cayenne, on leurs explique que je suis souvent la sur les évènements Energia Pura pour faire des photos, que je vais passer la semaine avec eux pour voir, pour apprendre, pour transmettre aussi à ma façon le travail qui est fait ici. Sourires...

Parce que si on s'attend à trouver ici un club de sport comme on peut connaitre chez nous, avec une licence et des cours à payer, un moniteur musclé et gominé, des tranches horaires bien définies, dans un gymnase tenu et entretenu par la mairie, alors on va être plutôt surpris...

L'entrée de l'académie, jour de grand ménage. © Lifetime Photographie - Guillaume BRET 2016

Ici, il n'y avait rien il y a quelques années de ça... Un terrain vague comme il y en a beaucoup dans le quartier de Marabaixa 2. Un terrain vague et une envie de faire. Le quartier, comme l'état fédéral de l'Amapa en général (comme une région au Brésil) n'est pas le coin le plus riche du Brésil. Du tout. On a l'impression que la fameuse croissance économique du pays des dernières années a oublié de passer par ici... Pourtant on y vit. Il y a une jeunesse. De la volonté. Des idées. De l'ennui et tous les travers qui vont avec... Mais pas de moyens publics. Faire faire de la capoeira aux jeunes du quartiers, sur place, sans avoir à prendre un bus ou marcher pendant une heure, l'idée est la, Viviane et Galibi, qui tiennent aujourd'hui les lieux, aussi.

Dans la petite cours derrière la maison. © Lifetime Photographie - Guillaume BRET 2016

Alors Energia Pura a acheté ce terrain, sur fonds propres venant des antennes de l'association au Brésil, en Guyane ou encore en Italie, tout comme les bénévoles transformés pour l'occasion en maçons, plombiers, charpentiers, Gato en chef de chantier... L'association va bâtir à elle seule ce lieu dédié à la capoeira et toute sa culture, brique après brique, clou après clou, planche après planche, année après année, sans entreprise en BTP... Parce que faire appel au privé, c'est oublier le projet de suite, trop cher...

Galibi imprime les t shirts à effigie d'Energia Pura, au "siège" de l'académie. © Lifetime Photographie - Guillaume BRET 2016

Aujourd'hui, l'académie est belle et bien sortie de terre. Toujours en évolution avec des idées d’agrandissement ou d'optimisation de l'espace, Galibi et Viviane y vivent avec leurs trois enfants. En pénétrant le bâtiment, on passe devant un petit bureau dans lequel on trouve un ordinateur, une machine à transfert pour les t shirts, un aquarium vide et une vitre qui donne sur la salle de sport, un grand espace haut de plafond pour accueillir les cours et manifestations, un coin rempli d'instrument de musique et de matériel de frappe, des grands miroirs sur le mur du fond. Depuis cette salle, on accède aux chambres de la famille, une chambre pour les invités de marque, la salle de bain et la cuisine. Au fond, une porte donne sur l’extérieur, sur une terrasse couverte puis sur une petite cours. Au dessus de la terrasse, des chambres pour les invités, du matériel, des crochets pour les hamacs... Eau, électricité, tout est la. L'endroit ressemble en tout point à un gymnase, sauf que ce sont des chambres la ou nous imaginons des vestiaires... Imaginez vous débouler dans un gymnase à chaque fois que vous sortez de votre chambre... C'est drôle!

La salle principale en plein nettoyage. © Lifetime Photographie - Guillaume BRET 2016

Mais bref, l'endroit est une énorme salle de jeu et du matin au soir (tard), il vit. Les enfants vivant la s'amusent à faire des roues, des mouvements de capoeira, jouent du berimbau ou de l'atabaque... Et je m'en rends compte dès le premier matin (tôt)...

Ce matin la, les grilles sont fermées sur l'extérieur, nous prenons le petit déjeuner tous ensemble, les 5 résidents, Gato et ses 2 enfants, Clara, Pipoca, des capoeiristes de passage à l'académie, Michel qui vit la plus ou moins et d'autres jeunes comme Raissa rencontrés la veille au soir pendant l'entrainement...

Voila... Ça, c'est le moment ou je me réveille et je comprends un peu plus ou je suis... Ce matin, l'académie ressemble à ce que j'ai connu en colonie de vacances. Une grande tablée, tous les ages, ceux qui vivent la à l'année et ceux qui y trouvent un endroit ou aller.

Le repas des enfants. © Lifetime Photographie - Guillaume BRET 2016

Gato, Clara et Pipoca parlant français, on m'explique un peu ici et la les conditions de vie de certains adhérents, l'importance de l'académie pour les uns comme un refuge plus stable que la vie familiale, ou encore comme un lieu d'hébergement pour les autres qui viennent travailler ou faire des études, et dont la famille qui habite trop loin de la ville ne peut supporter le coût des transports quotidiens ou encore moins un logement sur place... Entre autre... On me parle du quotidien des résidents officiels aussi. Vivre de la capoeira est un bien grand moment. On en vit rarement bien. Mais on peut vivre avec la capoeira, lorsque chacun apporte sa pierre à l'édifice.

Moment de la vie de tous les jours... © Lifetime Photographie - Guillaume BRET 2016

Pour l'aspect pratique, comme pour toutes associations, il y a une cotisation, qu'on paye en plus ou moins de temps, en plusieurs fois, comme on peut... Pour le reste, on fait des petites collectes, chacun donne quelques reals pour pouvoir faire les quelques courses du repas, certains peuvent d'autres pas, alors on fait la vaisselle, on passe le balais, on donne un peu de son temps pour des petits travaux... On participe chacun à son niveau pour que l'académie existe, pour que ce lieu de vie soit accueillant, on s'implique pour cette existence car sans ça, il n'y a pas d'académie... Et donc plus de refuge...

Mon salon... © Lifetime Photographie - Guillaume BRET 2016

Mais on a rien sans rien. Le fait d'être la implique d'être dans la capoeira. S'entrainer, apprendre la musique, les instruments comme les chants, les différents rythmes en rapport... Apprendre la culture autours de cette discipline (que bon nombre de brésiliens ne connaissent d'ailleurs pas, résumant tout ceci à de la danse), suivre une hygiène de vie adéquate, s'intégrer au sein d'un groupe, être reconnu, apprendre à respecter, réussir, rater et persévérer... Apprendre ces valeurs qui te raccrochent à la vie, au monde autours, à l'autre, à travers le sport. Ici la capoeira sert de canalisateur d'énergie à une jeunesse, parfois laissée pour compte, que l'école ne voit plus beaucoup, que l'Etat n'aide pas non plus...

Bien sur, tous ne sont pas dans le même cas, et l'affluence à l'académie en ce moment est autant en rapport avec les vacances scolaires qui touchent à leurs fins que la préparation de l'évènement du week end : le baptême des nouveaux capoeiristes et le changement de grade pour les autres, pour ceux qui ont bien bossé et dont le niveau et l'implication sont récompensés. Vacances scolaires, d'accord, mais on m'assure qu'en temps normal, c'est pareil, dès que les jeunes ont du temps libre, ils viennent ici...

Ce matin, on s'entraine... © Lifetime Photographie - Guillaume BRET 2016

Et ce matin, c'est entrainement... Les plus gradés ont eu droit à une séance de musculation en plus du cours avec le mestre. On écoute, on transpire, on profite de l'occasion d'avoir le grand patron comme prof le temps d'un entrainement, le tout en musique, diffusée sur une grosse enceinte sono branchée sur un téléphone portable. Tout le monde s'applique, les gestes sont lents, on recherche le bon mouvement, le bon placement, le bon équilibre... Sous le regard des enfants qui observent sagement autant qu'ils courent partout...

"Mets toi la, regarde comment font les grands! -D'accord Papa!!" © Lifetime Photographie - Guillaume BRET 2016

Mouvements de bases, enchainements, étirements, jeu à deux, un peu de musique, un chant, les consignes à suivre pour jouer dans une roda officielle... L'enseignement ne s’arrête pas à la simple pratique sportive, les liens entre capoeira et vie de tous les jours sont nombreux dans les discours, on encourage à s'entrainer hors des entrainements, on apprend à se fixer des buts, des objectifs et à les atteindre, les tenir en s'impliquant, en allant à l'école, en respectant les autres... Puis le mestre annonce la fin du cours. On se relève... Et on retente les mouvements du cours, on en fait d'autres, on se remet sur un instrument... L’entrainement ne s'arrête vraiment jamais finalement!!

Cordes prêtes à être données aux nouveaux capoeiristes et à ceux qui montent d'un grade cette année. © Lifetime Photographie - Guillaume BRET 2016

Puis il y a cet évènement en fin de semaine. Un moment qui marque l'entrée de plein pied dans la grande famille de la capoeira pour celui qui veut y entrer, récompensant le travail d'une année, ou deux, ou trois selon le grade... Un évènement "vitrine" où l'on invite mestres et gradés d'autres groupes, de la ville, de l'état ou du pays, où le voisinage de l'académie est aussi convié, un évènement où certains viennent avec leurs parents, ami(e)s ou chéri(e)... Comme nos kermesses ou fêtes de fin d'année... C'est aussi le moment d'organiser des cours spéciaux dispensés par les capoeiristes de marque invités.

L'idée : ne pas limiter la capoeira au simple enseignement reçu dans ton académie. Voir les différentes approches, les autres façon d'enseigner, d'expliquer, de faire... On est encore une fois sur l'idée du partage du savoir faire, de la culture dans son ensemble.

Fabrication d'une baguette de berimbau. © Lifetime Photographie - Guillaume BRET 2016

Mais tout ceci se prépare. Il faut des instruments pour jouer et Galibi vient de finir deux atabaques, des grands tambours, on s'affaire ici et la pour confectionner des t shirts et de nouveaux berimbau (instrument à corde en forme d'arc, résonant à travers une calebasse) qu'on utilisera pour l'occasion, qu'on vendra peut être, histoire de ramener quelques sous, on nettoie de fond en comble, on range, on brique, il faut teindre les cordes, équivalent des ceinture au judo par exemple... La liste est longue et la encore, c'est toute une armée de petites mains qui font un peu ici et la.

Berimbau finis. © Lifetime Photographie - Guillaume BRET 2016

Les deux jours qui suivent ressemblent à cette première journée, entre entrainements, amusements, siestes et préparatifs, et nous voila le jour J. La salle se remplit peu à peu, la sono marche, les chaises prêtées par un parti politique local en échange d'un lieu pour une réunion sont installées... Il ne reste plus qu'à ouvrir les yeux et apprécier le spectacle... La journée suit son cours au fil des chants, des démonstrations de danse comme le makulele, les plus jeunes jouent avec les plus anciens en face à face dans la roda, toute l'assemblée tape des mains, reprend les chœurs à tue-tête, on se relaye aux instruments pour soulager ceux qui jouent déjà depuis quelques temps et qui fatiguent, l'énergie ne doit pas retomber, chacun donne la sienne pour faire de ces instants une belle fête!!! Et ça marche!!

Berimbau prêts à jouer. © Lifetime Photographie - Guillaume BRET 2016

Après l'évènement, j'ai posé un peu l'appareil pour apporter moi aussi ma part, je me suis entrainé, j'ai passé le balais, etc... Je me suis mis au rythme de l'académie pour vivre l'expérience de manière concrète, et au final, j'ai tenté d'apprendre quelques mots, j'ai fais un peu de percussions pour apprendre de nouveaux rythmes, tenté des nouveaux mouvements, rencontré de nouveaux amis, visité un peu Macapa, fait la fête et de la muscu... Bref...

J'ai surtout vu comment avec quelques "pas grand chose", on pouvait faire beaucoup, pour soi et/ou pour les autres, comment une association peut par son action marquer son public, ici comme ailleurs mais peut être ici plus qu'ailleurs...

Merci! G.

Une petite vidéo musicale :

Chant et berimbau par Mestrando Gato Preto, © Lifetime Photographie - Guillaume BRET 2016


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