Folies aveyronnaises...


Un habitué des fêtes de Sainte Eul' fera le show avec le groupe Utopie. © Guillaume BRET

La Guyane, ça marque un peu les gens. Pour les métropolitains comme moi, le passage dans ce DOM nous amène à faire des croix sur certains petits plaisirs de la vie, parce qu'ici, y'a pas ou alors ça coûte un bras...

Fromages, charcuteries, vins et alcools deviennent alors des denrées précieuses et convoitées par tous ceux qui ont la chance d'avoir quelqu'un qui vous rend visite... L'arrivée d'un bon sauc' aux noisettes, une pointe de Beaufort AOC ou encore d'un fabuleux jambon de pays suscite chez nous l'envie irrésistible de fêter ceci autours d'un apéro avec les copains...

Le partage... Conscient de la valeur de ce Graal culinaire à nos yeux, on a toujours envie d'inviter ses amis proches pour un moment de plaisir, de profiter de cet instant pour s'extasier devant ces gouts si rares et si fins, qui nous rappelle à tous soit notre famille à la campagne, soit nos vacances au ski, nos escapades en Provence et les odeurs qui vont avec... C'est toujours le moment de nouvelles rencontres ou de retrouver quelqu'un revenu avec pleins d'histoires à raconter, une soirée de bonne humeur, accompagnée de mets si rares, remplie de joie à l'idée de boire un vrai Ricard qui n'a pas couté 30€ le litre...

Bref... C'est dans ces conditions que je me suis retrouvé à Sainte Eulalie de Cernon, dans l'Aveyron, pour la fête votive de la commune...

Une petite ruelle... © Guillaume BRET

Et la, vous vous dites : "Sympa l'intro..."

Invité à l'un de ces fameux apéros par mon bon ami JB, originaire du village, nous fêtons l'arrivée d'une amie à lui, Marlène. Ayant été plutôt sympathique au moment de boucler son sac, rempli d'une multitude de douceurs, je me rapproche d'elle curieux d'en savoir un peu plus sur la provenance des produits devant moi. J'aime bien la bouffe, moi... La seule chose que je sais à propos de Sainte Eulalie, c'est que JB y rentre chaque année sans faute pour y faire la fête, les fameuses "fêtes de Sainte Eul' ".

J'étais jusque la face à mes amis, je me suis très vite retrouvé face au comité de recrutement du public des fêtes... En un éclair, armée d'un Iphone et de quelques secondes de connexion wifi, Marlène m’inonde de photos du village, toutes plus belles les unes que les autres, pendant que JB me submerge d'informations... Construit dans un château de l'époque des Templiers, le coin à l'air d'être vraiment paisible, et le "comité" ne cesse de me vanter les mérites de cette mystérieuse fête, prônant l'esprit de convivialité du moment, semblant galvanisé par l'idée de m'y faire venir. Sceptique, j'ai déjà assisté à pas mal de fêtes votives, de fêtes de village et parfois, malheureusement, ça tourne plus au sketches des Deschiens qu'à la fête super sympa et détendue...

Après, il est vrai que JB fait l'effort d'y aller à un moment de sa vie ou il aurait plutôt besoin d'économiser. Et JB, je le connais, je ne l'imagine pas me vendre comme quelque chose de trop cool un week end à la buvette de l'amicale... Ca pourrait être vrai alors? On me séduit, on me vante la beauté des femmes locales, on tente de me corrompre à grand coup d'anisette bien fraiche, mais je n'aime pas ça... Face à ma résistance, il sort la grosse artillerie et après quelques ti punch, me voila corrompu...

Je deviens l'heureux détenteur d'un billet de train Lyon-Montpellier acheté sur internet le temps d'un apéro... Quelques mois passent, et le jour J arrive. Départ pour Sainte Eulalie de Cernon. Au risque de paraitre élitiste ou méprisant vis à vis de la France de la Campagne, j'admets que l'idée de participer à cet évènement me tiraille entre deux options : ou bien je retrouve ces ambiances ou les gens ne sont que la à se bourrer la gueule, criant dans les oreilles de tout le monde des choses que personne ne veut entendre, se lançant dans un florilège de chansons paillardes, et avec, pourquoi pas, une petite bagarre à la fin, histoire d'avoir un an de rengaine à l'encontre de quelqu'un avec qui on s'expliquera à la fête du village, l'année d'après (j'vous jure, c'est du vécu...). Ou alors je tombe sur une manifestation agréable, bonne enfant, avec soleil et sourires en prime. Au pire, je sais que le paysage sera joli...

Les Doubles-doses, © Guillaume BRET

J'ai envie d'y croire. Croire qu'il est possible de trouver un cadre accueillant, un contexte propice à la fête, à l'échange. J'ai envie de voir un endroit ou les gens s'amusent ensemble, qu'ils soient jeunes, vieux, gros, petits, beaux, moches, riches, pauvres, du pays ou pas... Je n'aime pas non plus tombé dans des clichés trop restrictifs, alors je me sens finalement super curieux de voir ce qu'il m'attend... Je vais bientôt découvrir ce qui rendait JB et Marlène si enthousiaste. La fête dure trois jours pendant lesquels les rues vont se remplir, l'ambiance va se réchauffer, l'apothéose étant le repas du dernier soir. Le thème principal est l’Égypte et les pharaons. Au programme, tournois de pétanque, spectacles et animations pour les enfants, grands repas, bodega, et le tout saupoudré le musique avec entres autres les Doubles Doses, formation cuivrée délivrant des reprises de chansons pop, et la fanfare rock Rockbox qui eux reprennent des grands standards du rock, c'est surprenant, bien ficelé, voici le lien :

http://www.fanfarerockbox.fr/accueil.html

Donc niveau ambiance, ça s'annonce plutôt bien. La place du village sera le cœur de la fête, avec la buvette qui entoure la fontaine au centre, à l'ombre de grands arbres et de quelques barnums montés pour l'occasion. Les murs, en pierres apparentes, donnent un cachet incomparable à cet endroit, et ce n'est pas le cas de toutes les communes environnantes qui ont souvent recouvert les murs de crépis... Dommage...

En musique donc, les fêtes commencent le samedi midi, à la buvette bien sur! Aujourd'hui pour l'ouverture, il est prévu un tournois de pétanque en doublette dans lequel JB et moi ne feront que passer, des spectacles pour les enfants avec Bobby Super Star qui finalement fait aussi bien rire les parents avec un humour un peu décapant disséminé discrètement ici et la, des apparitions des Doubles-Doses, véritable fil conducteur des fêtes, ainsi que la batucada Samba Mio qui nous emmènera un moment au Brésil avec ses rythmes carnavalesques.

Batucada Samba Mio, © Guillaume BRET

On déambule alors ici et la, on passe sous des voutes de pierres pour se rendre d'une animation à l'autre, le tournois de pétanque envahit le village qui n'a que deux ou trois terrains en bonne et due forme, alors on joue dans les rues, dans la cour du château, sur les parkings, on essaye de ne pas jeter sa boule dans la poussette de la dame qui passe au beau milieu du jeu, des amis spectateurs font des allers-retours pour ravitailler les compétiteurs, et malgré la somme à gagner (200€ plus l'ensemble des inscriptions des quelques 145 équipes je crois...), le climat est convivial, on s'offre des verres entre adversaires (après réflexion, c'est surement pour ça qu'on a perdu...), le public commente, rigole, suit la rencontre dont on rencontrera le vainqueur... Sous un soleil de plomb les fêtes prennent vie... Victime de son succès, la pétanque s'éternise et il reste encore des matches à faire à minuit, sous les quelques endroits suffisamment éclairés pour pouvoir jouer.

Rien n'arrête la compétition... © Guillaume BRET

Dans le reste du château, on voit des gens déambulés ici et la, les fêtes attirent autant les habitants des alentours que des touristes séduits par le cadre des festivités. Les organisateurs s'activent pour l'apéro moules-frites du soir et dressent de grandes tables juste à coté de la buvette, pour une opération "nettoyage de moules". Une bonne équipe d'une vingtaines de jeunes du village s'affairent à enlever algues et cailloux des crustacés voués à être dévorés. Tous rigolent, emballés dans des sacs poubelle, et d'un point de vue extérieur ça donne une jeunesse qui s'éclate entre potes à participer, à aider au repas de tout un village, même plus, certains terminant leur service au bar et enchainant avec les moules... Bref, je me souviens m'être fait cette réflexion que très souvent ce ne sont que les organisateurs qui se tapent tous les trucs désagréables à faire. La je voyais que chacun avait à cœur de participer et faire en sorte que ça soit cool pour tout le monde.

Opération "moules propres", © Guillaume BRET

La journée passe, les groupes de musique s'enchainent, se répondent, mêlés au public qui dansent, puis on installe les tables, les fameuses moules sont prêtes! Des petits groupes se répartissent ici et la, et très vite on commence à s'insérer entre, on s'invite à la table des autres, on se serre un peu, on s'échangent les bouteilles de vins, on discute, on rit encore (on rit beaucoup ici!), on se rencontre et on partage un moment. La chaleur humaine fait du bien, faut dire que moi j'ai froid... J'ai plus l'habitude des températures en dessous de 25°...

Maintenant place au bal avec le groupe Utopie, je me ballade un peu au milieu des gens, les fêtes ont bien commencé, les sourires s'affichent sur toutes les lèvres, et c'est la que je comprends à quel point elles sont importantes dans la vie du village et dans le cœur des gens. Pour beaucoup de jeunes partis travaillés ailleurs, c'est l'occasion de revenir aux sources. On vient de Guyane, de Paris ou encore de Toulouse, on y revoit ses amis d'enfance ou ceux que l'on a rencontré les années précédentes, ses anciens voisins, les derniers nés, on prend des nouvelles de la vie de chacun. Et c'est touchant de voir que tout ceci se passe à l'échelle du village tout entier. Un de ces endroits ou tout le monde se connait encore, ou le nouveau venu est intriguant et très vite débordé de questions "D’où tu viens?" "Comment t'es arrivé la?" "Alors tu t'amuses?". Prenez cinq minutes pour discuter avec quelqu'un et vous aurez un ami pour au moins tout le week end!

Mais on n'a plus vingt ans alors à la fin du bal, je rentre dormir pendant que les derniers debout finissent les ultimes bouteilles de vin blanc-grenadine-limonade, cocktail nommé ici la sainte eulalienne. On m'a légèrement briefé sur la journée du lendemain, ça promet...

Le groupe Utopie en live, © Guillaume BRET

Retour à la fête dès le lendemain midi, la buvette ré-ouvre, certains n'ont pas dormi beaucoup et ça se lit sur leurs visages... J'ai été mis au parfum la veille du programme d'aujourd'hui, par groupe de huit-dix personnes, nous allons frapper aux portes des habitants pour récolter quelques sous pour le comité des fêtes. On appelle ceci la Paume. Je connaissais ce principe sous l’appellation "les conscrits" ou la, les participants sont regroupés par classe d'age. Ici, on se mélange, ages différents, du coin ou pas, chaque groupe se voit attribuer une zone du village avec les maisons à visiter.

Pendant la Paume, sous la pluie, © Guillaume BRET

A chaque stop, nous vendons des friandises aux gens nous accueillent chez eux et qui nous offrent à boire et à manger. C'est plutôt marrant, et c'est sous la pluie qu'on commencera le parcours. Encore une fois emmitouflés dans des sacs poubelle, nous allons frapper aux portes, certaines seront closes, habitants absents ou en vadrouille dans le village, d'autres jouent vraiment le jeu. Mais vraiment. C'est marrant de rentrer chez les gens comme ça "Toc toc? Bonjour, c'est nous!"! On passe chez les parents des uns, les oncles des autres, chez des gens en plein repas de famille ou encore chez un couple de retraités qui semblent ravis de voir tout ce petit monde dans leur jardin. Tous ont préparé pizzas, quiches et cakes en prévision de notre venue. A chaque fois, la même question : "Qu'est ce qu'on vous sert?". C'est après quatre maisons et après avoir appris qu'il en restait encore une bonne vingtaine que j'ai compris l'épreuve d'endurance dans laquelle je m'étais aventuré...

Chez l'habitant, bonne humeur et petits fours, © Guillaume BRET

Nous sommes accompagnés d'un trompettiste (c'est logiquement un accordéoniste mais il avait pris la fuite voyant la pluie...) et à chaque maison, on joue un petit air, on chante avec les gens, on échange des nouvelles de la famille, on grignote, on boit... Et on passe à une autre... C'est un moment sympa, simple, qui a le mérite de mettre des gens en relation, de créer du contact humain autour d'un rien. Tellement en opposition avec ce qu'on connait des grandes villes ou l'on ne dit même plus bonjour à son voisin... Bref... Je termine la tournée en faisant l'impasse, j'avoue, sur quelques verres... Ca ne se fait pas, mais bon... J'ai encore des photos à faire...

Le groupe Pop en live, © Guillaume BRET

Pendant ce temps, dans le village, un nouveau concours de pétanque en triplette est lancée, des animations quad et accrobranche sont proposées aux enfants, certains en profitent pour se reposer et comme chaque soir, on se retrouve autours de la fontaine, pour commencer la soirée au rythme des cuivres des Doubles-Doses. On trouve aussi un marionnettiste sur le dos d'un gorille énorme, des ateliers maquillages pour les enfants, un caricaturiste... A la nuit tombée, on ressort les tréteaux, les bancs, ce soir c'est buffet local, avec fois gras, brochettes de cœurs de canards et la "farçou", spécialité locale à base de viande hachée et d'épinards... J'ai tout gouté, bien évidemment, et c'est le ventre bien lourdement rempli qu'on entame le bal de ce soir, dirigé par le groupe Pop et sa ravissante chanteuse...

Le groupe Pop en live, © Guillaume BRET

C'est reparti pour un tour, rythmés par les tubes de toujours et les derniers en vogue, c'est l'esprit de fête qui reprend le dessus. Le constat est toujours le même, l'ambiance est bonne enfant, propice à la rencontre, mais mes jambes ne me portent plus... Les effets de la Paume... A demain...

Dans la foule, dans l'ambiance, dans l'esprit, © Guillaume BRET

Lundi et dernier jour, les visages de ce matin sont encore bien plus marqués que ceux de la veille, on sent la fatigue nous jouer des tours... Le programme s'annonce plus calme, une marche dans les rue du village, avec un orchestre ambulant, le son du folklore local, des danseurs et une calèche qui transporte les mariés de l'année et qui ont célébré leurs noces au village. Une tradition, toute la foule suit ce cortège, les enfants sont déguisés, on marque quelques pauses pour laisser la place à la danse, et le défilé se termine sur la place centrale.

L'accordéoniste, © Guillaume BRET

Retour à la buvette pour certains, défilé des enfants déguisés sur la scène pour d'autres, toujours ces bandas qui se fondent dans la foule pour faire leurs show... Encore une fois, je peux tourner en rond sur la place pendant une heure ou deux et trouver à chaque instant quelqu'un avec qui parlé ou un air à écouter... Je remarque que les gens sont plus calmes, la fatigue se fait sentir... Et ce soir, c'est le grand soir! La place entière du village va être une cantine, des tables et des bancs partout, encore plus que les jours précédents. Le petit village d'environ 110 habitants à l'année s’apprête à vivre un grand repas de famille à plus de 700 convives... Le staff organisateur s'affaire, ce soir c'est aligot. Une purée de pomme de terre mélangée à de l'aligot, un fromage, et qui est l'une des grandes spécialités de l'Aveyron. Accompagné de saucisses, c'est peut être le plat qui peut résoudre le problème de la faim dans le monde... C'est autant consistant que drôle en bouche, ça fait des fils de fromage qui ne se coupent jamais, mais c'est pour des plats comme ça que j'adore les endroits comme ça!!!

Début de soirée en musique, © Guillaume BRET

Pendant le repas, je pars dans mes songes un instant. Mes yeux parcourent la foule attablée. A ce moment, je repense à cet apéro ou tout à commencé... Qu'ai je vu ici en trois jours? De la proximité entre les gens, des artistes, de l'amitié, du soleil, du bonheur, de la chaleur humaine, de la curiosité, du partage, des jeux, de la cohésion sociale, de l'entraide et beaucoup de convivialité... Tout ceci semble se résumer à la scène que j'ai sous les yeux. C'est peut être le plus peuplé des repas que j'ai jamais pris de ma vie, et avant d'aller dépenser toutes ces calories avec le groupe Utopie qui nous accompagnera encore une fois ce soir, je me dis que j'ai bien fait de venir à Sainte Eulalie de Cernon...

Les grandes tablées, © Guillaume BRET

Clichés réalisés uniquement au Nikkor 50mm / f:1.8, le genre de petites contraintes que je m'impose de temps en temps, pour rire...

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